DELAMINAGE
Massif, juste en limite de bouchain. Nous vous renvoyons également aux commentaires de l'image 6. Vous
observerez que la perte de cohésion des tissus est totale. La
résistance mécanique de la coque a été
réduite à néant. Sur cette zone, le bateau
s'affaisse littéralement sur lui-même, son matériau
ayant perdu ses propriétés physiques et
mécaniques.
Lorsque vous naviguez avec votre
bateau, sa structure subit des efforts mécaniques importants.
Elle "travaille". Bien sûr, elle a été concue pour
résister à l'ensemble des sollicitations physiques et
mécaniques liées au type de navigation, à la
catégorie de conception, auquel le bateau répond. Mais,
si une composante de la coque présente une faiblesse majeure de
ce type (dans cet exemple, le matériau était très
altéré avant même que cette éventration ne
se produise de façon visible), les efforts subis par l'ensemble
de la structure vont se répercuter et être
amplifiés sur le point le plus faible. C'est la règle
d'airain de la résistance d'un ensemble qui n'est égale
qu'à la résistance de la plus faible de ses parties. Mais
le cercle est vicieux, car, pour compenser les efforts anormaux
supportés par la composante défaillante, d'autres
composantes, apparemment étrangères, vont à leur
tour et en retour, supporter de nouveaux efforts anormaux. Ainsi, dans
cet exemple, imaginez les efforts anormaux éventuellement
supportés par la liaison coque-pont au droit du bordé
ainsi dégradé (par perte de rigidité structurelle
de l'ensemble); puis imaginez, pour peu qu'il y ait une cadène
implantée sur le pont en périphérie de la liaison,
toujours au droit du bordé, la possible dissymétrie
anormale induite de la répartition des efforts supportés
par le gréement dormant; imaginez encore les possibles efforts
anormaux supportés par les éventuelles varangues à
proximité de la zone touchée; etc. Si l'on veut
faire imagé, on parlerait volontiers d'un scénario
catastrophe, ou de réaction en chaîne. Pour faire
précis, on dira simplement qu'une faiblesse structurelle et
l'altération majeure de l'une des composantes d'un bateau
interagit avec l'ensemble de la structure.
Donc, et sur un
plan plus général, lorsque votre expert maritime conseil
inspecte votre bateau suite à un dommage ou à une avarie,
c'est une exigence absolue pour lui, parce qu'il connaît les
interactions entre les composantes du navire, de déterminer la
nature et l'extension exactes des dégâts pour la
composante concernée, mais aussi l'ensemble des
altérations et dommages éventuellement induits sur toutes
les composantes en rapport avec elle. Quitte à constater, dans
le meilleur des cas, que les dommages sont très circonscrits.
N'oubliez pas qu'un expert maritime a à la fois une obligation
de conseil et une obligation de moyens. Concrètement, cela
signifie qu'il ne peut pas, pour quelque raison que ce soit, y compris
économique ou commerciale vis à vis de tel ou tel de ses
requérants, aller "au plus court et au moins cher", lorsqu'un
dommage ou une avarie survient. Déontologiquement, il vous doit
la vérité technique complète sur votre bateau,
même si cela a parfois des conséquences budgétaires
lourdes. Voilà la traduction concrète de
l'indépendance et de l'impartalité constitutives de
l'éthique professionnelle de l'expert maritime et fluvial en
bateaux de plaisance.
Dans
cet exemple, l'important n'est pas la zone que vous voyez, mais
l'extension exacte de cette dégradation irréversible du
matériau de la coque, qui va inévitablement bien
au-delà de ce qui est apparent. La coque s'est
éventrée sur la zone la plus altérée, mais,
compte-tenu de ce symptôme, elle ne peut qu'être beaucoup
plus massivement touchée. Et d'autres composantes du bateau ont
certainement eu à souffrir de ce dommage. Il ne s'agit pas,
là non plus, de faire une inspection réduite et une
reprise de stratification approximative.
En outre,
compte-tenu de la localisation, vous concevrez aisément qu'il ne
s'agirait pas simplement, si une voie d'eau importante devait se
déclarer en navigation et loin d'un abri, d'actionner ses pompes
d'assèchement et d'utiliser quelques pinoches (que vous ne
pourriez d'ailleurs pas même faire tenir, eu égard
à la décomposition du stratifié!). Et si une telle
situation d'urgence devait survenir et que vous aviez la bonne
idée de placer, en face interne, des matelas ou coussins, au
moment où vous placeriez l'étai destiné à
les maintenir en appui fort, vous risqueriez de passer ni plus ni moins
au travers de la coque...
Bien sûr, et heureusement, il
s'agit d'un cas extrême. Mais, pour ce qui est de la pratique
courante de la plaisance, et du point de vue de la prévention,
il renvoie à une exigence simple et majeure de contrôle
extrêmement régulier et professionnel de la coque, autant
qu'à une exigence d'entretien régulier, attentif et
soigné de cette dernière, de la part des
propriétaires de bateaux.
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